Historique du 1er mai anticapitaliste à Montréal

 Ce bref historique met en contexte la décision de plusieurs groupes anticapitalistes de Montréal d’organiser des manifestations du 1er mai anticapitalistes et indépendantes des manifestations organisées par les grandes centrales syndicales.

Pour le texte complet avec photos, vidéos & documents : www.clac-montreal.net/historique-1er-mai-anticapitaliste

La tradition des manifestations du 1er mai organisées par des groupes ouvriers anarchistes, communistes et socialistes s’implante au Québec dès 1906 et perdure jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Ce n’est qu’en 1972, à l’occasion du front commun syndical, que les centrales québécoises, à l’époque animées d’une certaine combativité, reprendront la tradition. Toutefois, le 1er mai syndical au Québec, à l’image de la culture syndicale elle-même, perd de plus en plus son caractère revendicateur et subversif au fil des ans, pour ne devenir, dans les années 2000, qu’une triste parade symbolique vidée de sa vigueur et de son histoire radicale.

Depuis 2008, une coalition informelle d’individus et de collectifs a fièrement repris la tradition anticapitaliste originale du 1er mai en organisant chaque année à Montréal une manifestation autonome, séparée de la pitoyable parade syndicale (qui, depuis quelques années, n’était même plus organisée le 1er mai, mais quelques jours avant ou après afin d’accommoder le calendrier capitaliste!). La manifestation anticapitaliste du 1er mai est organisée depuis 2010 sous la bannière de la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC-Montréal).

Avant 2004

Pendant longtemps, les groupes d’extrême gauche de Montréal se sont ralliés chaque année à la manifestation syndicale. Puisque le 1er mai au Québec n’est ni férié, ni chômé, ni l’objet de grèves « légales » ou « illégales », ces manifestations étaient (et sont toujours) des affaires modestes organisées après la journée de travail lorsque le 1er tombait une journée de semaine, et des rassemblements plus volumineux, voire nationaux, lorsque le 1er tombait un jour de weekend.

2004

En 2004, le 1er mai tombant un samedi, le conseil intersyndical du 1er mai décide d’organiser une grande manifestation syndicale à Montréal sur le thème de la résistance à la prétendue réingénérie de l’État promise par le premier gouvernement de Jean Charest. Le caractère massif de cette manifestation nationale en retardant le départ, après une période d’attente raisonnable, l’idée commence à circuler parmi les groupes anticapitalistes de profiter de leur position en queue de cortège pour partir de façon autonome par une autre voie que l’itinéraire déterminé par les organisateurs syndicaux.

C’est ainsi, avant même que les contingents syndicaux ne se mettent en branle, qu’environ deux cents anticapitalistes s’engagent sur la rue Jarry vers l’ouest en direction du parc du même nom, le point d’arrivée choisi pour la grande manifestation syndicale.

À l’arrivée des contingents anticapitalistes au Parc Jarry, ceux-ci sont bloqués par l’interminable déferlement de la manifestation principale, et décident d’occuper la rue au lieu de se joindre à l’insignifiant BBQ syndical. Une barrière de fortune est érigée et un petit feu de joie allumé sur le terre-plein.

C’est alors qu’un peloton de l’anti-émeute décide d’intervenir en chargeant le contingent anticapitaliste, mais son opération s’avère mal calculée, puisque ce dernier se retrouve dans la foule non violente en partie constituée de familles. L’anti-émeute se trouve alors l’objet d’une importante résistance et doit battre en retraite.

C’est à ce moment qu’intervient le service d’ordre de la FTQ… pour protéger le peloton d’anti-émeute et rudoyer les manifestants et manifestantes anticapitalistes! Cet incident peu glorieux marqua l’esprit de plusieurs comme une trahison. C’était les premiers signes d’un divorce à venir entre les anticapitalistes et la manifestation syndicale du 1er mai.

2005

Une autre manifestation nationale est organisée par les syndicats le dimanche 1er mai 2005. Cette fois-ci, la CLAC (originale), en plus d’appeler à la formation d’un contingent libertaire dans la manifestation syndicale, décide d’organiser une manifestation et une fête populaire contre la pauvreté et la précarité, le 30 avril, dans le quartier Côte-des-Neiges.

Ces activités s’inscrivent dans le cadre de la première édition du festival Mayworks/Mai à l’œuvre, « un Festival de l’art et de la lutte ouvrière mettant en avant les réalités des ouvriers et ouvrières immigrants qui composent 45% de la population montréalaise mais qui se voient souvent relégués aux derniers rangs du marché de travail parce que les institutions canadiennes refusent de reconnaître leurs qualifications, professions et aptitudes ». Cette journée s’avère une franche réussite.

Quant à la manifestation traditionnelle du 1er mai, la participation est cette année fort décevante pour les organisations syndicales, qui ne réussissent à mobiliser que 5000 personnes, tandis que les contingents anticapitalistes gagnent en vigueur. Comme l’année précédente, les contingents libertaire et communiste révolutionnaire rongent leur frein au point de ralliement et attendent que le cortège principal se mette en branle pour prendre leur place traditionnelle en queue de train. La manifestation syndicale part de la rue McGill College et prend la rue Sainte-Catherine vers l’est, pour ensuite descendre la rue Saint-Denis jusqu’au bar le Medley, où un spectacle est organisé à l’intention des syndiquéEs.

En cours de chemin, une altercation survient entre des membres du service d’ordre et des manifestants qui portaient des pancartes critiquant le caractère capitaliste de la FTQ. C’est le prétexte qu’attendait le SPVM pour intervenir. Une nouvelle opération bâclée de l’anti-émeute et une longue échauffourée sur la rue Saint-Denis se soldent par quelques arrestations.

En tout état de cause, le service d’ordre de la marche syndicale s’est une fois de plus fait complice de la répression policière, et aucun des conseils centraux des grands syndicats n’ont cru bon de dénoncer la répression qui s’est abattue sur les manifestants et manifestantes anticapitalistes tout juste à l’extérieur du bar douillet où leurs membres sirotaient des bières en compagnie de Loco Locass. Même Le Devoir a fait état de la brutalité de l’intervention policière et rapporté l’hospitalisation d’un travailleur mexicain ayant été aspergé de poivre de Cayenne.

De l’avis de plusieurs, cette manifestation était une vraie joke, confortant l’idée que les manifestations syndicales n’avaient plus rien d’intéressant pour les groupes radicaux. Cette impression serait une fois pour toutes confirmée l’année suivante.

2006

Cette année les syndicats fêtent le 1er mai… le 29 avril ! La dérive historique des grandes centrales ne semble plus avoir de limites.

Pour l’occasion, les anticapitalistes boycottent ou refusent tout simplement de participer à la manifestation syndicale et appellent à la formation de contingents autonomes. L’appel du collectif libertaire Anarkhia sera largement ignoré, tandis que celui du Parti communiste révolutionnaire à manifester de façon autonome dans le quartier immigrant de Parc Extension ne sera entendu que par ses propres militants et militantes. Par l’affligeante attitude des syndicats québécois et l’incapacité des groupes anticapitalistes à maintenir une mobilisation digne de ce nom, 2006 constitue un épisode sombre dans l’histoire du 1er mai à Montréal. D’autant plus, ironiquement, que cette date marquait le centième anniversaire de la première manifestation du 1er mai au Québec…

2007

C’est la dernière année avant le divorce définitif entre la manifestation syndicale et les groupes anticapitalistes. Déjà, les signes de rupture sont indéniables.

Alors que le rassemblement syndical est convoqué à 18h dans Plateau Mont-Royal, plusieurs actions autonomes ont déjà ponctué la journée. Sur l’heure du midi, des anarchistes parviennent à occuper le bureau d’Henri Massé, le président de la FTQ. Ils et elles en sont violemment chasséEs peu après par par des goons du syndicat, qui doivent recourir à une scie mécanique pour décâlisser la porte du bureau de Massé !

Voici un extrait du communiqué publié ce jour-là sur plusieurs sites anarchistes:

«La FTQ trahit donc l’objectif fondamental de son organisation en maintenant des relations de collaboration avec l’État. Un syndicat le moindrement combatif ne se doit pas de faire valoir les intérêts de la minorité bourgeoise.

Seulement en 2007, nous avons vu la faiblesse syndicale s’écraser devant la fermeture d’usines, imposant des conditions encore plus précaires aux communautés. Le « capitalisme sauvage » (en existe-t-il un autre?) que Massé dénonce lui-même, de façon contradictoire, est encouragé par l’investissement dans ces compagnies au travers du

Fonds de Solidarité.

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